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Le Liban en 2008 - 2009 : une économie écartée de la crise mondiale

Président de l'Université Libano-Canadienne

Dr RONY ABI NAKHLE
Président de l'Université Libano-Canadienne

 

En quelques mots, pouvez-vous nous présenter votre université Libano-Canadienne ?

Née en 2001, l’université Libano-Canadienne de Beyrouth que je représente fait partie d’une fondation sous l’autorité du Ministère de l’enseignement supérieur ayant pour objectif d’offrir une formation internationale à nos étudiants. C’est là sa valeur ajoutée : il s’agit de la seule université libanaise à délivrer un diplôme international.

Comment définissez-vous la crise mondiale actuelle ?

En cette période, nous observons une grande perturbation de l’économie mondiale d’une ampleur comparable à la crise traversée en 1929.
Les causes de cette perturbation doivent être contrôlées et atténuées, (le manque de régulation des marchés financiers et boursiers) mais ces problèmes risquent d’être amplifiés significativement par les anticipations pessimistes des acteurs économiques.
Pour y remédier, il est nécessaire de mettre en place des plans stratégiques rigides à moyen et long terme pour les institutions financières
Si ces plans sont implémentés d’une façon appropriée, nous devrions d’ici 2012 revenir à une période de croissance quasi stable.

Quelles sont les causes et conséquences de cette crise?

Les banques et les institutions financières sont en partie coupables, mais ne sont pas les seules…
La non transparence et/ou l’absence d’éthique professionnelle ont joué un rôle mais ne sont pas les moteurs derrière la crise, en effet, les autorités de tutelle pouvaient agir d’une meilleure façon.
Quand une banque a des difficultés, elle va se financer sur le marché interbancaire. Les banques à qui il reste de la liquidité ne prêtent plus. Donc, il n'y a plus de liquidité.
Cette crise n'est pas à l'origine des problèmes, mais elle vient les multiplier.

Cette crise boursière a plusieurs origines, en premier la crise bancaire, qui entraîne un effondrement du cours des banques.
Deuxième source, l'effondrement des marchés de titres hypothécaires (les créances douteuses).
On a un mouvement de panique sur les marchés financiers qui fait que les gens vendent des titres d'entreprises qui fonctionnent très bien.

La première conséquence de cette insolvabilité des ménages sont les difficultés financières pour les banques, qui récupèrent des créances douteuses.

Les banques savent qu'une partie des crédits donnés ne sera pas remboursée. Elles doivent créer des réserves, mais vu que les créances ne cessent d'augmenter les réserves sont affaiblies ou nulles.

Comment expliquez-vous que le Liban ne soit pas touché par la crise ?

Rappelons que la Chine supporte le “système $” en accumulant des réserves de change (croissance des réserves annuelles de USD 500 milliards) ; tandis que les US augmentent leurs dettes publiques.
Par ailleurs, le Liban est considéré comme un pays économiquement stable, malgré tous les événements encourus (guerre, conditions d’investissement parfois difficiles…)

Ceci est dû à un système bancaire et financier solide, qui applique sévèrement les règles des autorités de tutelles. De plus, le gouverneur de la Banque du Liban est très qualifié et entouré de très bons conseillers.
On peut également justifier cet écartement de la crise grâce au soutien moral et financier de plusieurs pays orientaux et occidentaux d’une part, et à l’afflux des capitaux revenant aux libanais vivant à l’étranger d’autre part.

Pouvons-nous dire que le Liban tire son épingle du jeu ?

En effet, le Liban se différencie des autres pays sur plusieurs points : la nature des investissements des banques libanaises qui se font uniquement dans des produits financiers très sécurisés et non complexes et les demandeurs de crédit qui utilisent leurs emprunts pour des projets au Liban rentables et pratiquement non risqués.

Pour comprendre cet écartement de la crise, il est important de savoir qu’au Liban il n’y a pas de manipulation des taux de change, de taux d’intérêt bas, de croissance artificielle, ni de bulles sur les actifs financiers comme l’art et l’immobilier car on ne dispose pas de produits financiers complexes…

Comment se sortir de la crise ?

En mettant en place de nouvelles réglementations financières, en faisant intervenir la puissance publique afin d’éviter que la crise ne s’aggrave et ne s’étende.
Il faut, à court et moyen terme, relancer à travers des plans rigides les investissements publics, mettre en place des moyens pour atténuer les risques, surtout le risque systémique et de liquidité.
Enfin, on doit imposer de la transparence et des ratios prudentiels.

Quels sont les atouts du Liban pour les touristes français ?

Le Liban est perçu comme une destination inquiétante. Pourtant, nous disposons d’un centre culturel et d’un ambassadeur français, et il s’agit de la deuxième langue parlée dans notre pays. Il s’agit donc d’un pays moderne, à moitié français dont l’activité touristique se développe beaucoup, on compte environs 3 millions de touristes cette année, dont les libanais vivants à l’étranger qui reviennent au pays.

La superficie du Liban est de 10 000 km², un « bout de pays grand comme 2 ou 3 départements », pour plus de 3 millions d’habitants. Notons enfin qu'environ 13 millions de ressortissants d'origine libanaise vivraient à l'étranger.

Président université libano canadienne

 

 

 

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